Voici Sijia : Notre formidable concepteur de jeux

Voici Sijia : Notre formidable concepteur de jeux

Sijia Mao
Developer | OVA
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Bien que fraîchement diplômé, Sijia, nouvellement embauché chez OVA, fait déjà des vagues. Armé de son Baccalauréat en Création de Jeux Vidéo de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Centre de Montréal, Sijia aspire à faire usage de ses compétences afin de changer le monde! Après que son équipe et lui aient remporté le Game Lab Challenge d’Ubisoft en 2018, disons qu’il démarre sur de bonnes bases. Mais qu’a t-il à dire sur le sujet? Il n’y a qu’à lui demander!

 

Vas-y, Sijia! Dis-nous en un peu plus...

Ç’a été fantastique, bien sûr! Mais, ce n’est pas arrivé en un claquement de doigts. Nous avons travaillé à la sueur de notre front et avons appris de nos expériences passées. Voyez-vous, certains d’entre nous avaient participé au Game Lab Challenge d’Ubisoft en 2017, mais sans succès.

L’an dernier, le thème du défi était la manipulation du temps avec un gameplay asymétrique et, pour la première fois, un défi de multijoueur en réseau avait également été intégré à la compétition. Vu notre inexpérience, nous n’avons pas pris les meilleures décisions et notre gestion du temps a été tout sauf idéale. Nous sommes repartis les mains vides et le coeur lourd. Cependant, nous sommes ressortis grandis de cette expérience, ayant beaucoup appris sur nous-mêmes, sur notre capacité à travailler en équipe et sur l’industrie elle-même. Nous savions que si nous voulions réussir, nous devions travailler sur nos aptitudes en communication et sur notre gestion du temps.

Après notre défaite, nous étions déterminés à devenir de meilleurs concepteurs de jeux. Ainsi, malgré nos horaires d’étudiants plus que chargés, nous avons participé à de multiples Game Jams. Je l’admets, ç’a été difficile par moments. Le manque de sommeil, les innombrables boissons énergisantes et le stress de tous ces projets se chevauchant n’étaient pas facile à gérer, mais au final, ça en a valu la peine! Nous avons appris énormément sur la conception de jeux, un acquis qu’on n’obtient pas nécessairement à l’école. Avec chaque Game Jam, notre efficacité s’améliorait. Notre équipe gérait mieux sa charge de travail, comprenait mieux la portée de chaque projet et, surtout, prenait de meilleures décisions.

Une fois 2018 arrivé, Ubisoft a annoncé la 8ème édition du Game Lab Challenge, et nous étions plus prêts que jamais! Lorsque nous avons appris que le thème de l’année impliquait de changer le monde à travers une cause sociale, nous n’en avons été que plus motivés. Non seulement ce thème nous laissait une grande liberté créative, mais il nous poussait également à réfléchir sur des enjeux bien réels. Nous voulions développer un récit narratif éloquent, dénonçant un enjeu sociétal de façon à ce que les joueurs puissent s’y identifier. Nous voulions faire passer un message et laisser notre marque.

Avec chaque détail du projet en tête, nous avons donc entrepris une folle aventure d’une durée de 10 semaines, alors que nous étions en pleine finalisation de nos projets de graduation.

 

Je ne suis pas certain. Honnêtement, nous n’avons pas tellement réfléchi. Nous savions que nous voulions réessayer. Nous voulions donner notre 100%.

 

Nous avons donc élaboré un concept de jeu nommé Minors. Ce dernier a été conçu dans le but d’exposer au grand jour les réalités du travail infantile. Essentiellement, on y joue des enfants travaillant dans des mines et devant amasser de précieux minéraux. Le peu d’argent amassé par ces enfants est réinvesti dans leurs villages respectifs, afin de les aider à survivre. Nous avons aussi ajouté une touche de modernité au concept en faisant référence aux enjeux réels du travail infantile dans notre société capitaliste. Par exemple, l’un des scénarios implique le lancement d’un tout nouveau téléphone intelligent, impactant ainsi grandement l’économie du jeu alors que les prix du Lithium augmentent. L’offre et la demande fluctuant constamment, les joueurs doivent s’adapter aux montées et aux chutes de prix imprévisibles afin d’atteindre leurs quotas quotidiens. Nous voulions représenter les vraies conditions de travail des jeunes mineurs, ainsi que la lutte qu’ils doivent mener simplement pour survivre. Le but ultime de notre jeu est de sensibiliser le public aux enjeux complexes du travail infantile, et d’exposer la corruption dissimulée au coeur de notre société.

Voici une vidéo montrant le gameplay du jeu, pour vous donner une idée: 

Bien qu’il était difficile de trouver du temps pour travailler sur le projet au milieu de notre fin de session, nous prenions avantage de chaque opportunité. Une fois nos projets finaux remis, nous avons dû rattraper le retard alors que nos camarades de classe commençaient leurs stages. Vers la fin du projet, nous travaillions près de 70 heures par semaine pour s’assurer que notre prototype serait prêt à être évalué.

 
Rencontrez l’équipe (de droite à gauche, du devant à l’arrière): Eva-Léa Longue-Ngambi, Sijia Mao, Lydiane Beaulne-Bélisle, Félix Liberali, William Homs, Alex Battista, Delyan Farashev, et Nicolas Crevier. Manquant sur la photo: Léandre Monette, notre compositeur et concepteur sonore.

Une fois le jour J arrivé, nous avons présenté notre démo aux côtés de 16 autres fantastiques équipes. Alors que nous faisions la démonstration de notre prototype à des centaines d’employés et de visiteurs, nous étions évalués par quatre groupes de juges. Et, comme la loi de Murphy l’affirme, tout ce qui pouvait mal tourner… tourna mal. (D’accord, peut-être pas tout…  mais de nombreuses choses.) Plusieurs des bugs que nous croyions avoir réglés sont revenus nous hanter. Et ce n’est pas tout; à notre grande surprise, beaucoup plus de gens que prévu avaient une forme de daltonisme, et avaient ainsi de la difficulté à différencier les minéraux identifiés par des codes de couleur. Oups! Je me sentais plutôt tremblotant après la démonstration, mais malgré tout, j’étais extrêmement fier de tout ce que nous avions accompli.

Malgré ces incidents, nous avons quitté l’événement la tête haute; puis, nous avons attendu impatiemment la cérémonie de remise de prix organisée par Ubisoft quelques semaines plus tard, afin de connaître les résultats finaux.

Je me rappelle d’ailleurs de cette soirée comme si c’était hier… 💭

Nous étions au Théâtre Rialto, discutant et faisant connaissance avec les autres participants. Tous semblaient soulagés et l’excitation était palpable. Une fois la cérémonie commencée, la salle est devenue totalement silencieuse, et tous ont tendu l’oreille. Sur la scène, le comédien Mehdi Bousaidan a donné le ton à la soirée en poussant quelques blagues, qui ont relâché la tension. Et c’est là que ça a commencé...

Alors que les nominés étaient annoncés pour le tout premier prix, nous espérions entendre notre nom. Et, comme de fait, Minors était nominé pour la Meilleure Direction et Production Artistique… mais n’a pas gagné. (Bravo à l’équipe de Gloomi, qui s’est emparé du prix! Bon travail!👏🏻) Puis, le même scénario s’est répété… encore, et encore! Nous étions sans cesse nominés, mais ne gagnions jamais. Durant la soirée, nous avons été nominés pour 8 des 9 prix. Chaque fois que j’entendais notre nom, je retenais mon souffle et espérais secrètement gagner. Puis... c’est finalement arrivé!

Nous avons gagné le prix pour la Meilleure Expérience Utilisateur. Quel soulagement! Nous étions aux anges. Après s’être fait tant d’attentes, nous pouvions au moins rentrer en sachant que tous nos efforts n’étaient pas en vain.

La cérémonie s’est poursuivie, et la tendance également. Toujours des nominations, mais sans victoire. À ce moment, j’étais satisfait de notre prix. Nous avions évolué énormément depuis l’an dernier, et nous étions fiers de nos accomplissements.

Puis, le moment tant attendu est arrivé: c’était l’heure d’annoncer le grand prix de la compétition! Alors que le présentateur parlait, cela m’a paru insignifiant lorsque j’ai entendu notre nomination.

«Nous y revoilà. Une autre nomination…” je me suis dit à moi-même.»

Lorsque Julien Desaulniers, le président du jury, a révélé que Minors gagnait le prix du Meilleur Prototype, j'ai à peine réagi. C’était surréaliste, et j’étais un peu dans les vapes. Mes amis ont dû me secouer pour que je réalise ce qui se passait. «Allez, lève toi! Nous avons gagné», m’ont-ils dit. C’est là que ça m’a frappé. Nous étions les grands gagnants.

Jamais, dans mes rêves les plus fous, n’aurais-je pu prévoir à quel point ce projet serait transformateur. Il a eu un impact profond sur ma vie, et c’est une expérience que je n’oublierai jamais. Non seulement m’a t-il offert un apprentissage inestimable, mais il m’a également fait voir les opportunités infinies que m’offraient mon choix de carrière.

 

Peu de temps après la compétition d’Ubisoft, notre équipe s’est réunie pour corriger les bugs restants ainsi que la palette de couleurs. Nous avons également décidé de soumettre notre prototype au Concours de Jeux Vidéo Étudiant organisé par l’Association Canadienne du Logiciel de Divertissement, puis avons poursuivi notre chemin.

Eh bien voilà que cette semaine, on nous a annoncé que nous sommes les gagnants!

 

Eh oui, nous avons gagné… Encore! 🤯

Une partie de notre prix inclut de nous envoler pour le E3 à Los Angeles, pour faire la démonstration de notre jeu en tant que gagnants du 4ème Concours Annuel de Jeux Vidéo Étudiant de l’Association Canadienne du Logiciel de Divertissement! Les mots me manquent pour exprimer mon excitation face à cette nouvelle aventure. Il est ahurissant qu’un simple événement ait pu autant transformer ma vie et élargir mes horizons.

Et ça ne se termine pas là…

Ce que je n’avais pas encore mentionné est qu’il y a un mois, j’ai quitté Montréal pour rejoindre OVA, une startup de réalité virtuelle et augmentée située à Québec et ayant pour mission d’utiliser l’informatique immersive pour s’attaquer à des enjeux réels. Voyez-vous, lorsque j’ai rencontré Harold, notre PDG, j’ai été frappé par sa flamboyante passion pour l’industrie. C’était si différent de ce que j’avais appris à l’école, mais tellement intriguant. L’équipe d’OVA utilisait la technologie pour améliorer, et même transformer la vie quotidienne des gens. Leur travail va bien au-delà des jeux vidéo et du divertissement, ce que j’ai trouvé tout à fait inspirant. Et puis, lorsque j’ai rencontré l’équipe d’OVA, je savais tout de suite que j’aurais des collègues fantastiques. J’ai apprécié que tout le monde ait des origines totalement différentes et que tous aient leur mot à dire dans l’entreprise. Ainsi, lorsqu’ils m’ont offert une place dans leur équipe, je ne pouvais refuser.

J’y suis maintenant depuis un mois et chaque jour m’apporte de nouveaux défis, ce qui me garde totalement motivé. C’est incroyable que j’aie la chance de faire partie de cette transformation technologique. Le fait que mon travail puisse façonner la technologie immersive de demain est, pour moi, l’ultime récompense.

Si je devais donner un seul conseil aux futurs concepteurs de jeux, ce serait de vous lancer, tout simplement. N’ayez pas peur d’échouer, soyez curieux, apprenez constamment et repoussez vos limites. Ah, et participez à des Game Jams autant que possible! Ils vous donneront une expérience astronomique et, en bonus, ils sont très amusants (tant que ça ne vous dérange pas de carburer aux boissons énergisantes!). Finalement, si vous êtes prêts à faire le sacrifice ultime, participez au Game Lab Challenge d’Ubisoft, vous ne le regretterez pas!

Sur ce, je vous remercie d’avoir lu mon tout premier article. J’espère que j’ai ouvert vos yeux à de nouvelles possibilités, et que mon histoire vous encourage à vous impliquer. N’hésitez pas à la partager avec des collègues de l’industrie. Vous pouvez même me rejoindre sur LinkedIn. J’ai bien hâte de parler davantage de mon expérience dans le domaine de l’informatique immersive, alors restez à l’affût! 😉

 
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